Amortissement excédentaire d’un véhicule : plafonds CO2, réintégration et cas particuliers
L’amortissement excédentaire d’un véhicule correspond à la part de l’amortissement comptable que l’entreprise ne peut pas déduire fiscalement. Le véhicule reste amorti en comptabilité, mais l’administration limite la déduction quand son prix dépasse un plafond fixé selon sa nature et ses émissions de CO2. La différence doit alors être réintégrée au résultat fiscal.
Cette règle vise surtout les véhicules de tourisme utilisés par les entreprises, les professions libérales ou les exploitants imposés en BIC, BNC, BA ou à l’IS. Pour éviter une erreur, il faut suivre une méthode simple : qualifier le véhicule, retenir le bon plafond, puis calculer la fraction non déductible.
Comprendre la logique de l’amortissement excédentaire
Une charge comptable qui n’est pas toujours déductible
Lorsqu’une entreprise achète un véhicule inscrit à l’actif, elle répartit son coût sur sa durée d’utilisation grâce à l’amortissement. Par exemple, un véhicule amorti sur 5 ans génère une dotation annuelle, souvent calculée de manière linéaire. Comptablement, cette dotation traduit l’usure ou la perte de valeur du bien.
Calculateur de part non déductible
Déterminez la part de l’amortissement réintégrée fiscalement.
Fiscalement, la règle est différente. Pour certains véhicules, notamment les voitures particulières, le CGI et la doctrine BOFiP limitent la déduction à un montant maximum. La fraction du prix d’acquisition qui dépasse ce plafond reste amortie en comptabilité, mais elle n’est pas déductible du résultat imposable. On parle alors d’amortissement excédentaire ou d’amortissement non déductible.
La réintégration extra-comptable, en clair
La réintégration extra-comptable consiste à ajouter au résultat fiscal la part d’amortissement qui a été comptabilisée en charge, mais refusée fiscalement. Elle ne modifie pas les écritures du véhicule. Elle intervient au moment de déterminer le résultat fiscal, lors de la préparation de la liasse.
L’entreprise conserve donc l’amortissement en comptabilité, mais elle ne peut pas déduire toute la dotation si le véhicule dépasse le plafond applicable. Plus le prix d’achat est élevé et plus les émissions de CO2 sont importantes, plus la part non déductible peut devenir significative.
Véhicules concernés, véhicules exclus : le premier tri à faire
Les véhicules de tourisme sont dans le champ
Le plafonnement vise principalement les véhicules de tourisme, c’est-à-dire les voitures particulières et certains véhicules assimilés. La catégorie d’immatriculation, la carrosserie, l’usage réel et les mentions de la carte grise aident à qualifier le véhicule. Les véhicules immatriculés en catégorie M1 entrent généralement dans cette logique, tout comme certains véhicules à usages multiples lorsqu’ils ne répondent pas aux caractéristiques d’un véritable utilitaire.

Ce plafonnement s’applique que le véhicule soit utilisé par un dirigeant, un salarié, un professionnel indépendant ou mis à disposition dans le cadre de l’activité. Le fait que le déplacement soit professionnel ne suffit donc pas à écarter la limitation. Le critère déterminant reste la qualification du véhicule.
Les utilitaires et certains métiers échappent au plafonnement
Les véhicules utilitaires, conçus pour le transport de marchandises, ne sont en principe pas soumis au plafonnement des véhicules de tourisme. C’est un point décisif pour les artisans, les entreprises de maintenance, les commerçants ou les sociétés de livraison : une camionnette ou un fourgon réellement utilitaire n’obéit pas à la même règle qu’une berline ou un SUV de tourisme.
Des exceptions existent aussi lorsque le véhicule constitue l’outil même de l’activité : taxis, ambulances, auto-écoles, entreprises de location de véhicules ou véhicules affectés exclusivement au transport public de personnes. Dans ces cas, la limitation peut ne pas s’appliquer, car le véhicule n’est pas regardé comme une dépense de confort, mais comme un moyen d’exploitation indispensable.
Les plafonds à retenir selon les émissions de CO2
Le plafond de déductibilité dépend du taux d’émission de CO2 et, pour certains seuils, de la date d’acquisition. Les véhicules les moins émetteurs bénéficient d’un plafond plus favorable, tandis que les véhicules fortement émetteurs sont limités à 9 900 euros.
Règles officielles sur les amortissements BIC et cas particuliers – Ce bulletin fiscal officiel détaille les régimes particuliers d’amortissement en BIC, notamment les exclusions applicables aux véhicules de tourisme.
| Situation du véhicule | Plafond fiscal de déduction |
|---|---|
| Véhicule émettant moins de 20 grammes de CO2 par kilomètre | 30 000 euros |
| Véhicule émettant au moins 20 grammes et moins de 60 grammes de CO2 par kilomètre | 20 300 euros |
| Véhicule situé dans la tranche intermédiaire | 18 300 euros |
| Véhicule fortement émetteur dépassant le seuil applicable | 9 900 euros |
Pour les véhicules thermiques ou hybrides qui ne relèvent pas des plafonds majorés, le plafond classique de 18 300 euros s’applique tant que le taux de CO2 ne dépasse pas le seuil de bascule vers 9 900 euros. Ce seuil a évolué : 155 grammes de CO2 par kilomètre pour les véhicules acquis à partir du 1er janvier 2017, 150 grammes à partir du 1er janvier 2018, 140 grammes à partir du 1er janvier 2019, 135 grammes à partir du 1er janvier 2020, puis 130 grammes à partir du 1er janvier 2021.
Le taux d’émission à retenir se vérifie sur les documents du véhicule, notamment la carte grise et la documentation technique. Avec les normes d’immatriculation récentes, la mesure WLTP peut influencer le niveau affiché. Il faut donc travailler avec la donnée officiellement attachée au véhicule, et non avec une estimation commerciale.
Calculer la part non déductible sans se tromper
La formule pratique
La méthode consiste à comparer le prix d’acquisition du véhicule au plafond fiscal applicable. La fraction non déductible se calcule ainsi : prix d’acquisition moins plafond fiscal, puis application du taux d’amortissement de l’exercice. Si le véhicule n’est utilisé qu’une partie de l’année, il faut aussi appliquer un prorata temporis.
Exemple simple : une entreprise achète un véhicule de tourisme 34 000 euros, avec un plafond fiscal applicable de 18 300 euros. La fraction excédentaire est de 15 700 euros. Si le véhicule est amorti sur 5 ans, soit 20 % par an, la dotation non déductible annuelle est de 3 140 euros. Cette somme est réintégrée extra-comptablement au résultat fiscal.
Le prorata en début ou fin d’exercice
Si le véhicule est acquis en cours d’exercice, l’amortissement comptable est souvent calculé au prorata de la durée d’utilisation. La réintégration suit la même logique. Pour un véhicule utilisé 9 mois sur 12, on applique un prorata de 9/12 à la dotation annuelle non déductible.
Reprenons une base excédentaire de 15 700 euros amortie à 20 %. La part annuelle non déductible serait de 3 140 euros. Si le véhicule n’a été utilisé que 9 mois, la réintégration est limitée à 2 355 euros. L’erreur la plus fréquente consiste à réintégrer une année entière alors que la dotation comptable a elle-même été proratisée.
La logique est simple : on ne réintègre pas la totalité du dépassement de prix en une seule fois. On réintègre seulement la part d’amortissement correspondant à la période d’utilisation. Le calcul suit donc la vie du bien, exercice après exercice, jusqu’au terme de l’amortissement.
Location, crédit-bail, batterie : les cas qui changent le calcul
Location longue durée et crédit-bail
Le plafonnement ne disparaît pas lorsqu’un véhicule est pris en location longue durée ou en crédit-bail. La logique est simplement transposée : le bailleur amortit le véhicule, et le locataire doit réintégrer la part de loyer correspondant à l’amortissement non déductible. En pratique, le bailleur communique souvent les éléments nécessaires au calcul, notamment le prix du véhicule, le plafond applicable et la fraction du loyer concernée.
Les locations de courte durée peuvent être traitées différemment lorsqu’elles ne correspondent pas à une mise à disposition durable du véhicule. En revanche, dès qu’un contrat donne à l’entreprise l’usage stable d’un véhicule de tourisme, il faut vérifier si une quote-part de loyer doit être réintégrée.
Véhicule électrique, batterie et équipements séparés
Les véhicules électriques bénéficient d’un plafond plus favorable lorsque leurs émissions sont inférieures à 20 grammes de CO2 par kilomètre : 30 000 euros. C’est l’une des raisons pour lesquelles leur traitement fiscal peut être plus avantageux qu’un véhicule thermique de prix comparable.
La batterie mérite une attention particulière. Lorsqu’elle est facturée séparément ou louée distinctement, elle peut être amortie à part et ne pas entrer dans le plafond applicable au véhicule de tourisme. Le même raisonnement peut concerner certains équipements dissociables lorsqu’ils sont identifiés séparément. À l’inverse, si tout est inclus dans un prix global sans distinction, il devient plus difficile d’isoler une base non plafonnée.
Les réflexes de contrôle avant la clôture
Avant la clôture, il faut vérifier la catégorie du véhicule, le taux d’émission de CO2, le seuil applicable à la date d’acquisition, le plafond à retenir et la durée d’amortissement. Il faut aussi contrôler si le véhicule relève d’un cas d’exclusion, comme un utilitaire réel ou un véhicule affecté à une activité particulière. Pour une location ou un crédit-bail, il faut demander la quote-part de loyer à réintégrer. Enfin, il faut identifier les batteries ou les équipements facturés séparément afin de ne pas les confondre avec la base plafonnée.
La bonne approche consiste donc à documenter chaque étape : nature du véhicule, émissions, plafond, prix retenu, durée d’amortissement et réintégration. Ce raisonnement sécurise la comptabilité, la liasse fiscale et les choix futurs d’acquisition ou de location.
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